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Dans la Gazette de Liège du 18 avril 1900, on a pu lire ceci (Il devait y avoir un malheureux journaliste qui était obligé de rédiger de telles hagiographies à longueur de journées !). Ce texte est néanmoins révélateur d'un certain climat politique de l'époque. |
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Il comptait 79 ans ; rien ne faisait prévoir encore il y a quelques jours, que sa fin fût si proche : bien peu de septuagénaires conservent comme il l'avait conservée, la vivacité de leur intelligence et de leur cœur. Mêlé de bonne heure aux affaires, il avait affermi et étendu dans le monde du commerce et de l'industrie le bon renom de l'établissement financier, patrimoine de la famille à la tête duquel il était resté. Nul homme ne personnifiait plus que lui parmi nous les qualités les meilleures et les plus caractéristiques des Liégeois : la belle humeur, la gaieté, la cordialité, d'accueil, l'entrain, l'esprit pétillant d'amicale causticité, le franc-parler que rien n'arrête, la générosité des sentiments et de la bourse, l'attachement plein de filiale fierté à Liège, à son histoire, à son art ancien, aux vieilles croyances et aux mœurs patriarcales des ancêtres. Epoux modèle entre tous, peu de chefs de famille ont su allier comme lui la bonté avec laquelle on se plie à devenir le compagnon, l'égal des plus jeunes avec cette autorité qui ne cesse d'inspirer le plus tendre respect. Aussi bien unissait-il en lui les qualités les plus rarement conjointes : homme de finance et de charité ; homme de lettres et homme d'œuvres, il associait à l'expérience et à l'habileté du banquier, ces mérites de l'écrivain dont témoignent par exemple son « voyage en Italie » et ces talents de poète attestés dans maintes bluettes de sa façon. Il avait le culte du passé, de la patrie wallonne, il aimait déjà d'en recueillir les souvenirs artistiques quand les goûts archéologiques semblaient encore une originalité. Il aimait d'en parler la langue populaire, non seulement aux travailleurs, mais entre amis, en famille, au grand public même, alors que rien n'annonçait encore notre mouvement wallon. Promoteur dévoué de nos expositions d'art ancien, il fut aussi l'un des premiers fondateurs de notre Ecole Saint-Luc. Il satisfaisait tout à la fois, en se consacrant au développement de cette excellente institution son amour du vieil art et son amour de l'Eglise et du peuple. Ne lui était-ce pas plaisir de servir de ses mains les pensionnaires des Petites sœurs des Pauvres et pour le relèvement du travailleur, ne fut-il pas un précurseur encore par la création de son Union des Patrons en faveur des ouvriers ? La générosité même de sa nature avait pu l'entraîner, en des temps plus jeunes, à partager quelque chose des illusions libérales d'un grand nombre de catholiques de sa génération. Il était trop sincèrement, trop généreusement croyant pour s'attarder dans cette recherche de nouveautés stériles : le moment ne tarda pas où aucun de nos coreligionnaires n'aurait pu se trouver plus simplement, plus complètement catholique tout court que Jules Frésart. Chef très longtemps des plus actifs puis président d'honneur de l'Union catholique, toujours prêt aux heures de démonstrations ou de combats à payer de sa personne, toujours aussi le premier désigné par ses amis dès qu'il était besoin de mettre en avant les plus dignes et les plus sympathiques, c'était sous le titre familier de général qu'on se plaisait à le nommer entre nous ; nul nom n'aurait pu mieux répondre à l'autorité exercée par lui et à sa jeune activité d'infatigable septuagénaire. Vous n'avez pas connu le chrétien qui pratiquât sa foi plus franchement que lui. Il avait encore tenu cette année à suivre tous les offices de la Semaine Sainte à sa paroisse, à escorter, malgré le mauvais temps, la Sainte Eucharistie portée en procession aux infirmes ; sa dernière sortie ce dimanche avait été une visite au Saint Sacrement. Dans la soirée, il se plaignait de froid ; une pleuropneumonie se déclara : elle arriva rapidement à ne plus laisser d'espoir. Il fut le premier à le comprendre, sollicita lui-même les secours de l'Eglise ; présent lui-même jusqu'au moment suprême, Jules Frésart s'est vu mourir et est mort en saint. Puisse la gratitude de tous les gens de bien, puisse tout ce qui se mêle d'espérances consolantes et de certitude d'éternelles récompenses au deuil affreux dont cette mort frappe l'admirable et très digne compagne de sa vie, ses enfants et petits enfants, adoucir un peu leur inénarrable douleur ». |